Contenu pédagogique

Les prisonniers de guerre français. Histoire d'une communauté captive (1940-1945)

Exposition proposée par le musée de la Résistance de Limoges du 19 juin 2026 au 4 janvier 2027.

Accompagnés du prisonnier Jean, mascotte de l’exposition, les plus jeunes (à partir de 8 ans) peuvent télécharger sur leurs smartphones du contenu pédagogique via un dispositif de QR Codes. De plus, à l’intérieur même de l’exposition, un espace leur sera dédié avec la reconstitution d’une chambrée d’un prisonnier (manipulation de facsimilés, jeux de société et ateliers en accès libre…).

Bonjour, je m'appelle Jean. Je suis né à Limoges en 1915. En septembre 1939, j'ai été mobilisé pour mener la guerre contre l’Allemagne. J’ai alors 24 ans. Je vais te raconter mon histoire. Suis-moi !

De septembre 1939 à mai 1940, c’est la « drôle de guerre » : on attend l’attaque de l’armée allemande. Puis l’ennemi mène une attaque « éclair » pendant 6 semaines. Nous devons replier chemin. Beaucoup de soldats de l'armée française sont démoralisés. 

Le 22 juin 1940, notre Maréchal signe l'armistice. C’est la fin des combats. Beaucoup de soldats comme moi sont faits prisonniers. Nous sommes de tout horizon, il y a des hommes plus jeunes que moi et des plus vieux. Certains viennent de la ville, d’autres de la campagne. 

Une fois capturé, je ne suis pas parti tout de suite en Allemagne. On a d’abord été regroupé quelques semaines dans des camps en France, les Frontstalags. La Croix Rouge Française a envoyé à ma famille une carte indiquant que j’étais en « bonne santé ». Puis dans notre régiment, j’ai été séparé de mes camarades ! Une histoire de grade ! Je suis Caporal et les Allemands ne mélangent pas les grades. J’ai donc été envoyé dans un Stalag et les officiers eux ont pris la route des Oflags.

Le gouvernement français, dirigé par Philippe Pétain, négocie avec les Allemands pour notre libération et notre retour en France. 604 113 prisonniers peuvent rentrer chez eux avant la fin de la guerre. C’est ce qu’on appelle un « retour anticipé ». Moi aussi, j’aimerai revenir auprès de ma famille et de ma femme. 

Le Maréchal demande aux Français d’organiser des évènements pour collecter de l’argent pour les prisonniers : des représentations théâtrales, des compétitions sportives, des kermesses...

Dans le camp, nous dormons dans ce qu’on appelle des baraquements, en bois et certains en briques. Nous sommes entourés de barbelés et de miradors et nous somme surveillés par les soldats allemands. A notre arrivée, on est contrôlé, fouillé et « enregistré » : on nous donne une plaque en métal avec dessus le numéro de notre Stalag et un matricule. Ce chiffre remplace notre nom et notre prénom. On nous confisque nos effets personnels. On inscrit sur nos tenues et sur certains de nos objets « KG ». Ce sont les initiales de « Kriegsgefangener », qui veut dire prisonnier de guerre en allemand.

Dans le camp, nous sommes confrontés à l’insalubrité, au manque d’hygiène. Les conditions de vie se dégradent tout au long de la guerre. Les rations alimentaires sont insuffisantes pour travailler dans de bonnes conditions. Comme je travaille dans une ferme, je mange mieux que mes camarades qui doivent se contenter du peu qu’on leur donne. Malgré l’enfermement, nous recevons des nouvelles depuis la France, des bonnes comme des mauvaises. Un de mes amis, avec qui j’ai combattu en 1940, est décédé en 1943 d’une infection pulmonaire dans un camp. Sa femme m’a écrit pour m’avertir qu’elle avait fait la demande au gouvernement de la mention « Mort pour la France ».

Comme nous sommes retenus en Allemagne, nous devons cohabiter avec les Allemands ! Tout au long de la guerre, nous sommes affectés a des Kommandos. Pour ma part, je travaille aux champs. Le travail change suivant l’endroit où se trouve le camp. Les prisonniers dans d’autres Stalags sont envoyés dans des usines, des mines. Certains sont même obligés de travailler pour l’effort de guerre allemand en fabriquant des munitions. Le temps est long et le travail est dur. Ce n’est pas facile de garder le moral quand on est loin de son pays et de sa famille.

La musique a toujours été essentielle pour moi. Dans le Stalag, je joue de l’accordéon. J’interprète des chansons de Charles Trenet. Ce moment de partage avec les camarades me remonte le moral et me rappelle des souvenirs comme les soirées d’automne, quand papa jouait de l’accordéon et que nous faisions griller des châtaignes dans la cheminée. Certains prisonniers jouent du violon, de l’harmonica. Pour passer le temps, des camarades fabriquent des cadres photo, des objets souvenirs pour offrir à leurs proches. On peut lire des journaux français, des livres de la bibliothèque du camp.

Nous avons le droit de recevoir des lettres de nos familles et de leur écrire. Des formulaires nous sont distribués. Mais nous ne pouvons pas dire tout ce que nous voulons. Le service de la censure lit le courrier pour vérifier que rien n’est dit contre le Maréchal Pétain et l’armée allemande. A cause de la guerre, les centres de tri ne fonctionnent pas très bien et les lettres arrivent souvent au bout de trois semaines. 

J’aime recevoir les colis de mes parents, surtout l’hiver car ma mère m’envoie des chaussettes qu’elle a tricotés. Mais, comme pour les lettres, l’envoi de colis est très strict. Nous n’avons le droit qu’à un colis d’un kilo par mois et un de 5 kilos tous les deux mois.

Je pense souvent à mon fils qui est né en 1939. Je lui envoie des photos de moi mais va-t’il me reconnaitre quand je vais rentrer ? Je ne pourrai pas voir ses premiers pas. Mon camarade est triste car il rate la kermesse de ses enfants. Nous avons peur d’être oubliés. 

Je pense à ma femme qui a le rôle de « chef de famille » en mon absence. Comme je ne peux plus travailler en France, elle fait des ménages pour survivre.  Je prie tous les soirs pour que cette guerre se finisse le plus vite possible et que je puisse rentrer à la maison.

Ce matin, nous avons appris que sommes privés de courrier pendant plusieurs semaines car un prisonnier du camp a essayé de s’évader.  Pourtant, selon la convention de Genève qui protège les prisonniers, celui qui tente une évasion ne doit pas être puni, ni ses camarades. Les Allemands nous poussent à dénoncer ceux qui veulent s’évader, en échange d’une libération ! Moi, je ne dis rien. J’ai appris que des prisonniers qui travaillent dans une usine de munitions mènent des actions de « sabotage » :  ils ralentissent la production, certains écrivent des journaux et des tracts clandestins.

Enfin, au printemps 1945, nous sommes libérés ! Je reçois des papiers pour pouvoir retourner chez moi. Certains camarades rentrent en France avant moi. Les prisonniers des camps à l’Est mettent plus de temps à revenir à cause des problèmes de transport. Nous sommes soumis à des contrôles pour vérifier si nous ne sommes porteurs de maladies et à des interrogatoires pour vérifier si nous sommes bien des soldats français. 

Je suis heureux de rentrer à la maison mais ce n’est pas facile pour mon fils qui doit s’habituer à ma présence. Je garde contact avec mes anciens camarades. Un d’eux m’a annoncé que sa femme veut divorcer. J’ai retrouvé mon emploi mais beaucoup de prisonniers n’ont pas de travail à cause des séquelles de la captivité.

Lors de notre retour en France, nous avons l’impression de ne pas être les bienvenus. Beaucoup de Français rendent les prisonniers de guerre responsables de la défaite de 1940. Nous ne sommes pas applaudis comme les Poilus de la Première Guerre mondiale. Nous ne sommes pas considérés comme des combattants et nous restons dans l’ombre des Résistants. J’obtiens quand même la carte d’Ancien Combattant et mes enfants veulent que je m’engage dans des associations pour transmettre la mémoire des prisonniers de guerre.

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